Exemple d'économie circulaire chez un industriel de la chimie
Syensqo est un bon exemple où économie circulaire et chimie circulaire font la force d’un modèle d’affaires qui se transforme !
L’industrie chimique est un acteur majeur de nos vies modernes. Elle convertit les matières premières en produits utilisés dans l’énergie, les soins de santé et les biens de consommation. Solvay, devenu Syensqo en décembre 2023, acteur majeur de ce secteur, fait progresser les pratiques d’économie circulaire pour atteindre ses objectifs de durabilité grâce à sa stratégie « One Planet ». Ce plan ambitieux prévoit de réduire les émissions de 26 % et l’impact sur la biodiversité de 30 % d’ici 2030 (keeping-the-molecules-and-materials-in-use-solvay, 2021).
Syensqo s’éloigne des modèles de production traditionnels et linéaires au profit de processus circulaires. La société se concentre sur quatre domaines principaux :
- Innovation matérielle – valoriser les flux de déchets des marchés stratégiques en matières premières à valeur ajoutée.
- Recyclage – développer de nouveaux processus pour améliorer la qualité des matériaux recyclés.
- Conception de produits – développer de nouveaux produits qui sont « circulaires par conception ».
- Services circulaires – transformer le marché pour les produits chimiques.
Grâce à ces initiatives, Syensqo relève des défis mondiaux critiques. Elle crée de nouvelles opportunités de valeur et vise à réduire les déchets. Par exemple, ses solvants biossourcés, comme la gamme Augeo, offrent une alternative renouvelable et non toxique aux solvants conventionnels dérivés du pétrole, améliorant ainsi la durabilité dans des industries telles que l’entretien des surfaces et les revêtements.
Dans le secteur des véhicules électriques (VE), Syensqo favorise la circularité en récupérant des métaux précieux à partir de batteries en fin de vie. En collaboration avec Veolia et Renault, Syensqo a développé des procédés d’extraction et de raffinage de métaux tels que le cobalt, le nickel et le lithium. Elle crée ainsi un système en boucle fermée. Cette approche permet non seulement de préserver les ressources, mais aussi d’atténuer les impacts environnementaux associés à l’extraction de nouveaux matériaux. Elle contribue ainsi à protéger la biodiversité.
Ces efforts d’économie circulaire s’alignent sur l’objectif de Syensqo de générer 15 % de son chiffre d’affaires à partir de produits renouvelables et recyclés et de réduire de 30 % les déchets industriels non valorisables. En étant pionnier dans les pratiques circulaires, Syensqo transforme son modèle économique et influence d’autres industries à adopter des stratégies durables et circulaires. Ceci contribue ainsi aux objectifs environnementaux mondiaux et entraîne des changements positifs dans les chaînes de valeur.
Economie circulaire et chimie circulaire, quel lien ?
Pour atteindre la durabilité, il faut trouver un équilibre complexe entre l’utilisation des ressources, la croissance économique et l’impact environnemental.
L’économie circulaire repose sur un découplage entre la consommation de matériaux et la croissance économique.
L’évolution vers une économie circulaire nécessite une réévaluation de ce qui définit un processus chimique durable. Elle doit prendre en compte les personnes, la planète et le niveau de profit, ce que l’on appelle le « triple bottom line ». Notamment, une chimie innovante conçue dans un souci de durabilité n’est efficace que lorsqu’elle se traduit par des applications économiquement viables.
La chimie circulaire promeut la durabilité en considérant les déchets comme une ressource et en maximisant l’utilité des matériaux tout au long de leur cycle de vie. Les ressources renouvelables offrent aussi à l’industrie chimique l’occasion de diversifier sa base de matières premières. L’intégration dès la conception de principes innovants, économiquement viables à des pratiques durables, permettra de garantir que les produits puissent être recyclés efficacement en fin de vie.
Ainsi l’échelle de la circularité, que l’on peut appeler « 11 R » (rejeter, réduire, réutiliser, redistribuer, réparer, remettre à neuf, réutiliser, remanufacturé, recycler, récupérer, retourner), sert d’outil d’orientation pour évaluer les options de fin de vie durables. L’analyse du cycle de vie (ACV) joue également un rôle crucial, car elle permet d’identifier les inefficacités et les opportunités d’améliorer la durabilité tout au long du cycle de vie d’un produit.
Pour favoriser une économie circulaire, un cadre politique favorable et une collaboration entre les industries sont essentiels pour créer des opportunités de marché à long terme.
Au-delà des modèles linéaires, la chimie circulaire doit permettre de dissocier la consommation de matériaux de la croissance économique.
Les modèles d'affaires vers une économie circulaire
Les modèles d’économie circulaire visent à remplacer les systèmes linéaires traditionnels. Ils privilégient l’efficacité des ressources, en minimisant les déchets et en favorisant plusieurs cycles d’utilisation. Ils favorisent la durabilité, redéfinissent la création de valeur en mettant l’accent sur les avantages environnementaux et sociaux, ainsi que sur les gains économiques (Lüdeke-Freund, Gold, & Bocken, 2019).
Parmi les principaux modèles de flux circulaires, on retrouve la symbiose industrielle, la valorisation de déchets, le recyclage des produits, la refabrication, la réparation, la réutilisation et la gestion de la reprise.
Les modèles de recyclage réussis nécessitent des connaissances spécialisées en sciences des matériaux. Ils requièrent également une logistique adaptée pour gérer des chaînes d’approvisionnement plus complexes reliant les fournisseurs et les fabricants. Ces modèles relient les extrémités aval et amont des chaînes d’approvisionnement. Par suite, une logistique inverse complète entre les fournisseurs de matières premières et les utilisateurs de ces matières doit être mise en place.
Le modèle en cascade (ou symbiose industrielle) implique des propositions de valeur à plusieurs niveaux. Il est favorisé par des relations solides et continues au sein d’écosystèmes entre les partenaires. Il nécessite une bonne communication et des chaines logistiques adaptées. Dans ces modèles, les déchets sont convertis en intrants pour de nouvelles productions. Ceci illustre la façon dont les systèmes circulaires ferment les boucles de ressources.
Le défi fondamental de la mise en œuvre des principes de l’économie circulaire réside dans la restructuration des chaînes d’approvisionnement en systèmes en boucle fermée. Les entreprises sont amenées à repenser leur façon de créer et de fournir de la valeur. En fin de compte, les modèles circulaires aident les entreprises à réduire la consommation de matériaux vierges. Ils encouragent les clients à adopter des comportements durables. La réduction de l’impact environnemental et l’utilisation régénérative des ressources contribuent à créer une valeur écologique pour les entreprises, les consommateurs et la société.
Opportunités de l'économie circulaire dans l'industrie chimique
Les principaux moteurs de l’économie circulaire dans le secteur chimique sont la chimie durable et la chimie verte.
La chimie verte a pour but de concevoir et de développer des produits et des procédés chimiques permettant de réduire ou d’éliminer l’utilisation et la synthèse de substances dangereuses. Elle favorise des processus de synthèse respectueux de l’environnement. Elle est plus particulièrement axée sur des aspects techniques et de génie chimique.
La chimie durable comprend toutes les étapes du cycle de vie des produits. Elle s’étend au-delà de la production traditionnelle. Elle s’attache aux impacts environnementaux, économiques et sociaux.
Pour adapter le concept d’économie circulaire à la chimie, Keijer et collaborateurs ont développé douze principes pour une « chimie circulaire » (Keijer, Bakker, & Slootweg, 2019). Cette approche vise à élargir le concept de durabilité de l’optimisation des processus à l’ensemble du cycle de vie des produits chimiques.
Par suite, la mise en œuvre de la circularité dans l’industrie chimique implique l’application des principes de la chimie circulaire, qui visent à optimiser l’utilisation des ressources tout au long du cycle de vie d’un produit. Cela est soutenu par l’intégration de pratiques de chimie verte et durable dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Les modèles d’affaires circulaires encouragent le cycle des ressources, la longévité des produits et la réduction de l’intensité des matériaux, contribuant ainsi à la création de valeur durable.
Deux exemples de modèle d’affaires circulaires applicables à l’industrie de la chimie fine sont partagés sous forme de proposition de valeur répondant à un bénéfice client.
Le modèle de retraitement et redistribution valorise des matières actives périmées ou hors spécifications. Ces matières sont à l’heure actuelle détruites souvent par incinération engendrant des émissions de GES et des coûts de destruction.
Le modèle de ressources organiques recyclées favorise l’utilisation de matières organiques recyclées issues de déchets d’autres industries. Ce modèle valorise le travail en écosystème et un réseau de distribution court. Il limite l’utilisation de matières fossiles vierges et les circuits longs. En revanche il nécessite la mise en place de procédé de recyclage robuste et durable.
Les politiques publiques jouent un rôle crucial pour encourager les approches circulaires, soutenir financièrement les entreprises éco-innovantes et sensibiliser les consommateurs. Cependant, des défis subsistent, notamment l’équilibre entre les bénéfices et les objectifs environnementaux.
Il est primordial de développer une expertise scientifique, d’adapter les systèmes logistiques, d’assurance qualité et règlementaire et de construire des écosystèmes. Le soutien politique sera un allié puissant dans cette transformation.
Conclusion
La pérennité des entreprises viendra de la capacité à renouveler son modèle économique pour s’adapter à son environnement et ses clients. Aujourd’hui, les changements qui interviennent dans l’environnement de l’industrie chimique la rendent vulnérable et la menacent. Ils peuvent à terme provoquer son déclin. Dans ces conditions, la solution est de réorienter son modèle économique et renouer avec une croissance durable. Le choix de Syensqo, s’inscrit dans l’exploration d’opportunités qui vient se superposer au modèle économique existant pour la renforcer et continuer à le faire vivre.
L’économie circulaire est un exemple de transformation de modèle d’affaires de l’industrie chimique qui vise à rendre son activité plus durable.
IN&SCO Conseil vous accompagne dans la réflexion autour d’un modèle d’affaires durable. Vous pouvez contacter madeleine.delamare@inesco-conseil.fr.
Références
Geissdoerfer, M., Pieroni, M. P., Pigosso, D. C., & Soufani, K. (2020). Circular business models: A review. Journal of Cleaner Production, 123741-123758.
keeping-the-molecules-and-materials-in-use-solvay. (2021). Récupéré sur https://www.ellenmacarthurfoundation.org: https://www.ellenmacarthurfoundation.org/circular-examples/keeping-the-molecules-and-materials-in-use-solvay
Keijer, T., Bakker, V., & Slootweg, J. (2019). Circular chemistry to enable a circular economy. Nature Chemistry, 190-195.
Lüdeke-Freund, F., Gold, S., & Bocken, N. (2019). A Review and Typology of Circular Economy Business Model Patterns. Journal of industrial ecology, 36-61.
McCarthy, A., Helf, M., & Börkey, P. (2019). Business Models for the circular economy, opportunity and challenge for policy. Paris: OECD publishing.
