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« The limits to growth » par le club de Rome

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En avril 1968, sous l’initiative d’un industriel visionnaire, le Dr Aurelio Peccei, un groupe de 30 experts venus de dix pays s’est réuni à Rome. Ils ont créé le Club de Rome, une organisation internationale dédiée à la compréhension des systèmes mondiaux interconnectés. Composée de scientifiques, économistes, éducateurs, et industriels, leur mission était de sensibiliser décideurs et citoyens à la complexité des défis globaux interreliés – qu’ils soient économiques, politiques, sociaux ou environnementaux.

Le Club de Rome partait d’une conviction claire : l’humanité fait face à des défis complexes et interdépendants. Parmi eux la pauvreté, la dégradation environnementale, l’urbanisation incontrôlée, l’aliénation des jeunes, et l’instabilité économique. Ces problèmes, qualifiés de « problématique mondiale », sont souvent traités de façon isolée. Alors qu’ils se produisent simultanément dans toutes les sociétés et interagissent.

Les travaux ont été menés par 4 scientifiques : Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jorgen Randers et William W. Behrens Ill. Ils se sont concentrés sur cinq facteurs cruciaux limitant la croissance planétaire : la population, la production agricole, les ressources naturelles, la production industrielle et la pollution.

Le destin de la société humaine dépend, selon eux, de notre capacité à adopter une approche systémique face à ces enjeux, et à développer des solutions prenant en compte l’ensemble des interactions mondiales. Leur analyse est résumée dans un rapport « the limits to growth » paru en 1972. (Donella H. Meadows, 1972)

Ces scientifiques ont utilisé une méthode appelée dynamique des systèmes pour analyser les interactions complexes dans les systèmes mondiaux. Ils ont utilisé un modèle créé par le Professor Jay W. Forrester du Massachusetts Institute of Technology.

Cette approche met l’accent sur l’importance de la structure des systèmes, notamment les relations circulaires et différées entre leurs composants, qui influencent leur comportement global autant que les éléments individuels.

Un concept central de cette méthode est la boucle de rétroaction positive, où une série de causes et d’effets revient à son point de départ, amplifiant le phénomène initial. Un mécanisme clé pour comprendre la croissance exponentielle des variables considérées.

Ainsi cinq éléments fondamentaux de l’étude rapportée ici – la population, la production alimentaire, l’industrialisation, la pollution et la consommation de ressources naturelles non renouvelables – sont en constante augmentation. Or une quantité présente une croissance exponentielle lorsqu’elle augmente d’un pourcentage constant de l’ensemble dans une période constante.

Ces tendances sont interconnectées et se déroulent sur de longues périodes. Le modèle vise à en comprendre les interactions et à prédire leurs résultats possibles entre 1900 et 2100.

boucle de retroaction the limits to growth
Donella H. Meadows, D. L. (1972). the limits to growth. Washington: POTOMAC ASSOCIATES.

Les conclusions du modèle sont claires :

  1. Si les tendances observées entre 1900 et 1969 se maintiennent, le monde atteindra ses limites dans les 100 prochaines années, entraînant un déclin soudain de la population et de la capacité industrielle.
  2. Toutefois, en modifiant ces tendances, l’humanité peut atteindre un équilibre écologique et économique où les besoins matériels sont comblés et chacun peut réaliser son potentiel.
  3. Agir rapidement est crucial : plus les efforts en faveur de la durabilité débutent tôt, plus les chances de succès sont grandes.

Les limites de la croissance exponentielle

L’analyse de ces experts révèle les limites de la croissance exponentielle, liées à deux exigences principales : les besoins physiques (alimentation, matières premières, eau potable) et les besoins sociaux (paix, éducation, progrès technologique). Bien que les avancées technologiques puissent temporairement améliorer la productivité agricole, elles ne suffiront pas à suivre le rythme effréné de la croissance démographique. À mesure que des ressources comme les terres arables et l’eau douce se raréfient, les prix alimentaires augmenteront, menant à des crises avant même d’atteindre des seuils critiques.

Les boucles de rétroaction qui stimulent la croissance démographique et les investissements en capital accentuent la pression sur les ressources non renouvelables (carburants, métaux). Même en tenant compte du recyclage et des innovations technologiques, l’épuisement des ressources reste une menace majeure, rendant certaines d’entre elles inaccessibles d’ici à 100 ans. Cette dynamique pourrait intensifier les tensions géopolitiques entre les pays producteurs et consommateurs de ressources.

Parallèlement, la pollution croissante, accentuée par la démographie et l’industrie, constitue un autre péril. Les processus écologiques étant souvent lents, les mesures de contrôle risquent d’être insuffisantes, entraînant un dépassement des seuils de pollution et des effets environnementaux globaux.

Cette interconnexion entre la croissance démographique, la production alimentaire, la consommation de ressources et la pollution expose la fragilité du système mondial. Si ces tendances se poursuivent, le système pourrait atteindre des niveaux insoutenables, mettant en péril l’équilibre global.

Croissance du système Monde

Le modèle mondial vise à comprendre les modes de comportement du système mondial, en se concentrant sur les boucles de rétroaction qui façonnent les tendances globales. Ce modèle n’est pas basé sur des prédictions précises. En organisant les données dans ce cadre, il permet d’analyser l’évolution du système à mesure qu’il approche de ses limites ultimes.

Le modèle montre que la poursuite de la croissance entraînera probablement un dépassement des limites planétaires, suivi d’un effondrement. Ce phénomène est provoqué par la croissance industrielle qui épuise les ressources non renouvelables. À mesure que celles-ci se raréfient et que leurs prix augmentent, une part croissante du capital est détournée vers la sécurisation des ressources, laissant moins de place pour l’investissement dans la croissance future. Cela provoque l’effondrement de la base industrielle, entraînant à son tour le déclin des systèmes agricoles et des services, dépendants des intrants industriels comme les engrais, l’énergie pour la mécanisation et la technologie.

Pendant cette phase d’effondrement, la population continue de croître en raison des délais d’ajustement dans la société. Toutefois, la hausse des taux de mortalité due aux pénuries alimentaires et à la dégradation des services de santé finit par provoquer une réduction de la population. En l’absence de changements majeurs dans le système, le modèle prévoit que la croissance démographique et industrielle s’arrêtera au cours du siècle à venir.

Evolution dans le modèle Business as usual
Donella H. Meadows, D. L. (1972). the limits to growth. Washington: POTOMAC ASSOCIATES.

Même sous des scénarios optimistes, tels que des progrès technologiques doublant les ressources disponibles, le modèle aboutit à des conclusions similaires : croissance suivie d’effondrement. Cela montre la robustesse du modèle à prédire que, dans les conditions actuelles, les tendances de croissance ne sont pas viables à long terme.

Quid de la technologie dans ce modèle ?

L’analyse des experts reconnaît que les progrès technologiques peuvent permettre de repousser les limites de la population et de la croissance économique, mais elle met en garde contre la dépendance exclusive à la technologie pour soutenir une croissance indéfinie. Bien que certains optimistes envisagent des percées technologiques futures pour résoudre les problèmes mondiaux, cette vision néglige l’impact global de ces innovations sur les systèmes interconnectés de la population, des ressources, de la pollution et de la production alimentaire.

Dans ce modèle, la technologie influence le comportement des systèmes, mais même les technologies avancées, comme l’énergie nucléaire ou le recyclage des ressources, ne peuvent empêcher les limites à la croissance. Par exemple, l’abondance d’énergie pourrait débloquer de nouvelles ressources, mais sans contrôle efficace de la pollution, cela ne suffira pas à éviter un effondrement. De même, même avec une augmentation spectaculaire des rendements agricoles et un contrôle des naissances, la croissance se stoppera en raison de la surexploitation des terres, de l’épuisement des ressources et de la montée de la pollution.

L’analyse souligne que si la technologie peut prolonger la croissance, elle ne peut en éliminer les limites ultimes. L’utilisation de nouvelles technologies peut créer des effets secondaires physiques et sociaux et nécessiter des ajustements. Par suite, l’adoption rapide de nouvelles technologies peut créer un décalage entre le progrès technologique et l’adaptation sociale. Ce décalage exacerbe l’instabilité du système, augmentant la probabilité d’un scénario de dépassement et d’effondrement.

Pour éviter une confiance aveugle dans la technologie, le rapport propose de répondre à trois questions avant toute adoption généralisée d’une nouvelle technologie :

  1. Quels seront ses effets secondaires physiques et sociaux ?
  2. Quels ajustements sociaux sont nécessaires pour sa mise en œuvre ?
  3. Quelles nouvelles limites émergeront après avoir surmonté les contraintes actuelles ?

Cette approche vise à promouvoir un développement technologique responsable, afin de prévenir les crises involontaires.

L’état d’équilibre global souhaitable

L’état d’équilibre mondial, tel qu’envisagé par les auteurs, décrit un monde où la population et le capital restent constants. Ceci assure un équilibre entre les taux de natalité et de mortalité, ainsi qu’entre l’investissement et la dépréciation. Cet état repose sur une utilisation minimale des ressources et une faible production de déchets. Par suite, cela crée un équilibre durable entre l’activité humaine et les limites de la planète. Les niveaux exacts de population et de capital refléteraient les valeurs sociétales, évoluant avec les avancées technologiques qui offriraient de nouvelles possibilités.

Dans ce modèle, les activités humaines qui n’exigent pas de grandes quantités de ressources non renouvelables ou qui ne causent pas de dommages environnementaux significatifs pourraient continuer à se développer. Les domaines comme l’éducation, l’art, la science et l’interaction sociale pourraient prospérer. Les progrès technologiques joueraient un rôle clé dans cet équilibre, avec des innovations au niveau du recyclage plus efficace, de la réduction des déchets, de l’exploitation de l’énergie solaire, …. Des avancées dans les domaines médical aideraient également à maintenir des taux de natalité et de mortalité bas, soutenant la stabilité démographique.

Cependant, la transition vers cet état d’équilibre nécessiterait des changements sociétaux majeurs. Il est évoqué que les coûts environnementaux de la pollution et de l’épuisement des ressources devraient être intégrés dans les prix des produits pour refléter leur impact réel.

Pour réussir, les sociétés devront se doter de meilleurs outils pour évaluer les objectifs à long terme, aligner les décisions à court terme sur ces objectifs, et opter pour des solutions durables.

Le rapport met aussi en garde contre l’inaction, qui accélère les risques d’atteindre les limites planétaires et pourrait mener à un effondrement. Ne rien faire équivaut à contribuer activement au problème, car cela rapproche inexorablement le monde d’une croissance insoutenable et des crises qui en découlent.

Conclusion

Comment ne pas être interpellé par les conclusions d’un rapport datant de 1972 quand on observe ce qui s’est passé en 50 ans et où l’on se situe aujourd’hui.

Aujourd’hui, 6 des 9 limites planétaires sont dépassées. La pénurie des ressources n’est plus remise en cause. Les enjeux géopolitiques associés aux ressources en eau, en énergie et en métaux sont déjà d’actualité. En 2021, Santé publique France a évalué le nombre de décès liés à l’exposition aux particules fines à environ 40 000 par an en France, soit 7 % de la mortalité totale. Il est très probable que la limite de 1,5°C d’augmentation de la température soit dépassée.

Un article paru le 10 octobre dans la revue nature nous confirme que « Only rapid near-term emission reductions are effective in reducing climate risks. » (Carl-Friedrich Schleussner, 2024)

Alors pour les générations futures, façonnons ensemble un monde viable et durable.

Références

Carl-Friedrich Schleussner, c. (2024). Overconfidence in climate overshoot. Nature, 366-373.

Donella H. Meadows, D. L. (1972). the limits to growth. Washington: POTOMAC ASSOCIATES.